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mercredi 10 juin 2020

Béarn, premier porte-avions français

L’histoire des porte-avions de la Marine nationale se confond avec l’essor de l’aéronautique navale au début du XXe siècle. Dès 1911, la France se dote de ses premiers aéronefs embarqués avec la transformation du croiseur La Foudre en porte-hydravions.
En 1928, la France met en service son premier porte-avions avec Béarn, cuirassé de 25 000 tonnes construit en 1914 et transformé pour accueillir 30 avions. Il ne sera remplacé qu'après la Seconde guerre mondiale par : Arromanches, 1946-1978. Ex bâtiment britannique HMS Colossus construit en 1944. Porte-avions de 14 000 tonnes capable d’accueillir 26 avions cédé à la France par les Britanniques ; et Dixmude, 1947-1949. Ex-britannique Biter, de 13 000 tonnes pouvant accueillir 16 avions.
Notre marine n'a eu jusqu’à présent que huit porte-avions.


Béarn, 1928-1939
Caractéristiques du bâtiment :
Déplacement : 22 000 tonnes – Longueur hors tout : 182,5 mètres – Largeur : 27,66 mètres – Hangar aviation de 124 mètres de long – trois ascenseurs électriques pour la mise en œuvre des aéronefs - Propulsion : 12 chaudières de type Normand à chauffe au pétrole (jusqu’en 1934), et 6 par la suite après refonte – Deux groupes de machines alternatives de type Parson - Vitesse maxi : 21 nœuds.

Mis sur cale en tant que futur cuirassé le 5 janvier 1914 aux Forges et chantiers de la Méditerranée à la Seyne-sur-mer (Var), sa construction est arrêtée le 23 juillet (au niveau du pont cuirassé inférieur), et la coque reste sur cale durant toute la durée de la Première Guerre mondiale (les crédits destinés à la Marine sont restreints).
Afin d'essais d’accrochage d’avions terrestres, il est procédé le 15 avril 1920 au lancement de cette coque. Suite au succès du lieutenant de vaisseau Teste et de son équipe, la décision est alors prise de la terminer en porte-avions. Cette décision est suivie d’effets à partir de 1923 et il faut attendre le 1er septembre 1926 pour voir Béarn armé pour essais.
Ils dureront jusqu’en 1927 quand le 10 mai, le porte-avions appareillant enfin, les premiers accrochages à la mer sont effectués. Il effectue sa traversée de longue durée en avril 1928 et le 1er mai il entre en service actif au sein de la première escadre de la Méditerranée. Le capitaine de vaisseau Jean de Laborde est son premier commandant.
Une première croisière du 27 mai au 5 août en compagnie de ses trois escadrilles, le mène en Atlantique et Manche. Durant la même année, du 12 octobre au 9 novembre, une tournée le conduit en Corse et en Algérie.
En raison d’une refonte* (de nos jours, nous appelons cela une IPER..) qui l’immobilise de décembre 1928 à mars 1929, il n’effectue sa 3e croisière qu’à compter du 27 mai et ce jusqu’au 10 juillet. Divers exercices le mènent alors, le long des côtes marocaines et algériennes. La dernière sortie des années 1920 est ensuite effectuée entre le 10 octobre et le 30 novembre 1929, période durant laquelle, mouillé devant Agadir durant 4 jours en octobre, ses escadrilles effectuent des raids d’intimidation et de reconnaissance dans certaines zones du sud marocain encore en dissidence. Quittant Agadir le 28 octobre, il se dirige sur Dakar, Las Palmas, Madère, Oran, puis regagne Toulon.
*Cette refonte concernera notamment le remplacement du système de sacs de sable en lest sur les brins d’arrêt, par des freins mécaniques à friction de type Schneider-Fieux. Le pont d’envol quant à lui, subit une modification au niveau de l’avant qui devient légèrement incliné.
La première moitié de la décennie 1930, voit Béarn et sa flottille participer à peu de choses près, aux mêmes sorties, avec toutefois une exception en Méditerranée orientale entre le 15 avril et le 25 juin 1932 où les Libanais et les Grecs peuvent le voir évoluer devant Beyrouth et Athènes.
Entré en grande refonte en février 1934, il ne reprend le service actif qu’à partir de novembre 1935.
A compter du 1er octobre 1936, il est affecté à l’escadre de l’Atlantique à Brest. Cette nouvelle affectation permet de faire participer son groupe aérien aux divers exercices en compagnie notamment des cuirassés Lorraine, Bretagne et Provence ainsi qu’un peu plus tard avec les nouveaux bâtiments de ligne Dukerque et Strasbourg. Le dernier déplacement embarqué important pour le porte-avions s’effectue du 10 mai au 14 juin 1938 vers le Portugal et le Maroc.
Le 3 septembre 1939, toujours à Brest, son aviation est mise à terre (on peut penser que sa lenteur de déplacement face à la rapidité des nouveaux bâtiments de l’escadre est un lourd handicap). Il est alors mis en travaux à partir d’octobre afin d’être aménagé en ravitailleur à flot pour les gros hydravions Latécoère et Breguet-Bizerte. Ces travaux se terminent en avril 1940. Réaffecté en Méditerranée, il quitte Brest et arrive à Toulon le 18 avril. Il effectue alors une sortie durant les premiers jours de mai afin de faire apponter de jeunes pilotes de l’escadrille 2S3 sur Levasseur, et d’autres pilotes de l’escadrille AB1 sur Chance-Vought 56F. Toutes ces qualifications s’interrompent brutalement le 10 mai avec l’offensive allemande qui débute dans le Nord.
Béarn est alors affecté au transport d’or vers Halifax, or destiné à payer (Cash and carry) les avions achetés aux USA (Helldiver, Stinson, Brewster, etc.). Ces avions sont chargés à son bord afin d’être convoyés en Métropole, et il appareille le 16 juin. Mais les évènements se bousculent en France, la côte atlantique française est occupée peu à peu par l’armée allemande… Il est alors détourné vers les Antilles et arrive à Fort-de-France le 27 du mois. Il y demeure jusqu’en 1943 en compagnie des croiseurs Jeanne d'Arc et Émile- Bertin et des pétroliers Mékong et Var (tout ce groupe sous l’autorité de l’amiral Robert, resté fidèle au maréchal Pétain).
Le 14 juillet 1943, les Antilles passant sous l’autorité du Comité français de libération, les bâtiments bloqués dans ces îles vont pouvoir participer aux combats du côté des Alliés. Béarn est envoyé aux USA afin d’y être transformé en transport d’aviation. Il appareille le 7 mars 1945 chargés d’avions à destination de la Grande Bretagne. Durant cette traversée il aborde le transport américain M.C Mac Andrew. Sa plage avant est enfoncée et il perd 4 hommes d’équipage (le transport américain déplorera 70 morts). Béarn est alors dérouté sur Casablanca pour réparations.
La guerre en Europe s’achève, mais Béarn n’en a pas terminé pour autant. L’Indochine qui est entrée en rébellion, va alors le voir arriver dans ses eaux le 21 octobre 1945 chargé de matériel et d’hommes du groupement Massu. Il y reste jusqu’en juin 1946 effectuant alors tout au long des côtes indochinoises divers transports d’avions et de bâtiments de débarquement.
Il réintègre la métropole le 23 juillet et est alors placé en disponibilité. Mis en réserve spéciale il va « dormir » plus de deux ans et il est ensuite affecté le 9 décembre 1948 au Groupe d’action anti-sous-marine (GASM) afin d’y servir de base fixe. Il est condamné le 31 mars 1967, vendu puis démantelé à Savone par une compagnie italienne de ferraillage.

Plus sur Le groupe (ou flottille) de Béarn : http://www.postedeschoufs.com/aeronavale/1919_1938/02%20Le%20Bearn/le_bearn-escadrilles.htm

vendredi 5 juillet 2013

La panne du porte-avions Béarn à Casablanca


Notre ami Alain nous a largement détaillé les caractéristiques du premier porte-avions français, le Béarn (pour en savoir plus, cliquez ici). Il nous a parlé, entre autres, des réparations faites à Casablanca en 1945. Voici une vision humoristique de cette "panne" que nous devons à la Marcophilie Daniel.


Le Béarn en panne à Casablanca "On a souvent besoin d'un plus petit que soi"
"Les travaux sont menés sans empressement à Norfolk, en mars 1945. Quand ils sont enfin achevés, Béarn appareille de New York le 7 mars 1945, chargés d’avions à destination de la Grande Bretagne. Durant cette traversée Le 31 mars 1945, il aborde le transport américain USAT J. W. McAndrew. Sa plage avant est enfoncée et il perd quatre hommes d’équipage (le transport américain déplorera 70 morts). Il doit relâcher aux Açores puis est dérouté sur Casablanca pour réparations jusqu'au 19 juillet 1945 quand il reprendra sa route."
USAT J. W. McAndrew à Casablanca en 1942.

jeudi 11 août 2011

Le cuirassé Flandre non terminé à Landevennec.


Le cuirassé Flandre du type Normandie, non terminé à Landevennec entre 1921 et 1924.



Le cuirassé Normandie en 1921; sur cette photo on distingue les embases des tourelles quadruples de 340mm; à l'avant, au centre, et à l'arrière du navire. La silhouette aurait été complétée par deux cheminées et un mat central, disposés entre les tourelles quadruples avant et centrale. (photos collection Alain V)


Vous avez pu voir sur ce blog des photos montrant des navires de la Royale dans l'anse de Penforn à Landevennec en 1909 et en 1936.
Aujourd'hui, je vais vous présenter un navire qui n'a jamais été terminé; le cuirassé Flandre du type Normandie; qui a rejoint Landevennec lorsqu’il a été décidé en 1921 d'en abandonner la construction, il y est resté jusqu'en 1924, date à laquelle il a été remorqué à Toulon pour y être démoli. Toutefois, comme je vous ai déjà présenté les cinq navires du type Normandie, à propos du premier porte-avions français le Béarn, construit sur la coque d'un cuirassé de ce type, je n'y reviendrai pas.
J'ajoute une photo du Normandie lui-même, prise en 1921, vue de coté, ce qui permet de mieux se rendre compte ce qu'aurait été la disposition de l'artillerie principale de ce type de navires; soit 12 canons de 340 mm en trois tourelles quadruples; les tourelles quadruples que les cuirassés du type Normandie auraient été les premiers au monde à porter, et dont la disposition sera reprise sur les cuirassés suivants, des types Dunkerque et Richelieu, lesquels disposeront de deux tourelles quadruples à l'avant; de 330 mm sur les Dunkerque; et de 380 mm sur les Richelieu.
Alain

samedi 11 décembre 2010

Béarn, premier porte-avions français

La coque du cuirassé Béarn utilisée pour des essais de décollage en 1920

Le porte-avions Béarn à son entrée en service en 1928

Le Béarn apres sa première refonte en 1938

Le Béarn en 1945 après sa transformation en transport d'avions aux Etats-Unis

Le Béarn en 1956. Il est alors utilisé comme caserne pour les équipages de sous-marins dans l'arsenal de Toulon. (photos collection Alain V)

Le Béarn a été commandé comme cuirassé du type Normandie.
Les cuirassés de ce type appartenaient au programme naval de 1912. Ils étaient au nombre de cinq:
- Normandie mis sur cale en avril 1913 aux chantiers de la Loire à Saint-Nazaire. Il est lancé le 19 octobre 1914.
- Languedoc mis sur cale en avril 1913 aux Forges et chantiers de la Gironde est lancé le 1er mai 1915.
- Flandre est mis sur cale en octobre 1913 à l'arsenal de Brest et lancé le 20 octobre 1914.
- Gascogne est mis sur cale en octobre 1913 à l'arsenal de Lorient et lancé le 20 septembre 1914.
- Béarn est mis sur cale en janvier 1914 aux Forges et chantiers de la Méditerranée à La Seyne sur Mer et ne sera lancé qu'en avril 1920.
Les caractéristiques prévues pour ces cuirassés étaient:
25 230 tonnes en pleine charge
dimensions longueur 176,40 mètres; largeur 27 mètres; tirant d'eau 8,65 mètres
turbines à engrenages 32 000cv, vitesse 21 nœuds
armement: 12 canons de 340mm en trois tourelles quadruples - 24 canons de 138mm - 6 tubes lance torpilles de 450mm
Il s'agissait donc d'une version améliorée des trois Bretagne, la principale nouveauté étant l'armement principal en tourelles quadruples. Les Bretagne n'étaient eux-même qu'une amélioration des Courbet mais avec la même coque. Tous ces navires souffraient des mêmes lacunes, une insuffisance de vitesse et un manque de longueur qui causait un excès de poids aux extrémités et donc une mauvaise tenue à la mer par mauvais temps. Elle était connue mais il n'était pas possible alors d'y remédier car le manque de bassins limitait la longueur des coques. L'absence de vision à long terme faisait que l'évolution des navires n'avait pas été anticipée. Les nouveaux bassins Vauban permettant de remédier à cette situation, dont la construction démarra en 1911, ne furent prêts qu'en 1927.
Toujours est-il que les priorités du fait de la guerre étant ailleurs, la construction des cinq cuirassés du type Normandie fut interrompue après leur lancement. Après l'armistice de 1918, il fut un moment question de reprendre leur construction, mais faute d'argent et compte tenu des lacunes auxquelles il fallait remédier, le projet fut abandonné. Il aurait fallu allonger les coques puisque les bassins nécessaires étaient en cours de construction et les équiper de machines de 80000cv permettant une vitesse de 26 nœuds. Faute de volonté politique aussi, on décida en 1921 de les abandonner. Les quatre cuirassés les plus avancés furent démolis entre 1923 et 1929.
Le Béarn subit un sort particulier, sa coque avait servie entre octobre 1920 et avril 1921 pour des essais d'appontage et de décollage d'avions sur un pont en bois. En août 1923, la décision est prise d'en faire un véritable porte-avions, la coque et la propulsion d'origine sont conservés, un pont de 180 mètres est construit, un ilot et une imposante cheminée sont installés à tribord, il est armé pour essais le 1er septembre 1926, les premiers appontages ont lieu en 1927. Le 1er mai 1928, il entre en service et est intégré à la 1er escadre à Toulon.
Caractéristiques du porte-avions Béarn
22 501 tonnes; 28 900 tonnes en pleine charge
dimensions: longueur 182,60 mètres; largeur 27 mètres; tirant d'eau 9,3 mètres
2 turbines Parson sur les lignes d'arbre centrales, et 2 machines alternatives sur les lignes d'arbre latérales; 4 hélices; 36 200 cv; vitesse maximum 21,5 nœuds; rayon d'action 7 800 miles à 10 nœuds
protection:ceinture blindée de 80 mm; pont blindé de 25 mm
armement à l'origine: 8 canons de 155 mm en casemates
6 canons de 75 mmAA
8 x 37 mmAA
16 x 13,2 mmAA
4 tubes lance torpilles de 550 mm
35 à 40 avions
effectif: 43 officiers et 832 hommes
pont d'envol de 180 mètres sur 27 mètres
2 hangars superposés de 124 mètres sur 19,5 mètres
3 ascenseurs axiaux
5 brins d'arrêt schneider
1 grue de 12 tonnes

Il effectue plusieurs croisières en Atlantique et en Méditerranée. De décembre 1928 à mars 1929, il est en travaux pour améliorer les brins d'arrêt, des freins hydrauliques Schneider sont installés. Il subit une refonte de février 1934 à novembre 1935. Béarn est néanmoins handicapé par sa faible vitesse et des ascenseurs également lents. En octobre 1936, il est affecté à l'escadre de l'Atlantique. En septembre 1939 son groupe aérien est débarqué, de septembre 1939 à mai 1940 il effectue plusieurs rotations entre Brest et Halifax au Canada, pour mettre à l'abri l'or de la banque de France. En mai 1940, il charge à Halifax des avions achetés aux Etats-Unis, le 16 juin 1940 il quitte Halifax avec des avions en compagnie du croiseur Jeanne d'Arc. Le 20 juin, il reçoit l'ordre de gagner les Antilles, les ports de l'Atlantique étant sur le point de tomber aux mains des Allemands. Il retrouve le croiseur Emile Bertin à Fort de France à la Martinique, il y restera jusqu'en juillet 1943 (pour plus de détail sur cette période, voir notre article sur le ralliement au Général de Gaulle des Antilles sur ce blog). Le 8 septembre 1943 il part à la Nouvelle Orléans aux Etats Unis pour être refondu, est transformé en transport d'avions, le pont d envol est découpé à l'avant et à l'arrière, l'armement est remplacé par le matériel américain suivant: 4 canons de 127mm, 24 x 28mmAA, 26 x 20mmAA
Les travaux sont menés sans empressement à Norfolk, en mars 1945, les travaux enfin achevés, il embarque des avions à New York, le 31 mars 1945, il aborde un transport de troupes américain, doit relâcher aux Açores, avant d'être réparé à Casablanca, qu'il quitte le 19 juillet 1945.
D'octobre 1945 à juin 1946, le Béarn est utilisé pour le transport du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Il est ensuite renvoyé en métropole et arrive à Toulon le 23 juillet 1946, il est mis alors en réserve d'octobre 1946 à décembre 1948, a ce moment, il est affecté comme caserne pour les équipages des sous-marins de la 1er ESM, il restera ainsi jusqu'en 1966 quand il sera remplacé par une caserne à terre et condamné. Le Béarn est vendu le 31 mars 1967 à un chantier de démolition de Savone en Italie.
Le Béarn fut victime de l'erreur consistant à conserver la propulsion d'origine insuffisante pour un cuirassé moderne, a fortiori pour un porte-avions. La lenteur de ses ascenseurs d'autre part rendait extrêmement difficile les mouvements d'avions. Le Béarn ne fut donc jamais un très bon porte-avions.
Alain

Béarn, premier porte-avions français

La coque du cuirassé Béarn utilisée pour des essais de décollage en 1920

Le porte-avions Béarn à son entrée en service en 1928

Le Béarn apres sa première refonte en 1938

Le Béarn en 1945 après sa transformation en transport d'avions aux Etats-Unis

Le Béarn en 1956. Il est alors utilisé comme caserne pour les équipages de sous-marins dans l'arsenal de Toulon.(photos collection Alain V)

Le Béarn a été commandé comme cuirassé du type Normandie.
Les cuirassés de ce type appartenaient au programme naval de 1912. Ils étaient au nombre de cinq:
- Normandie mis sur cale en avril 1913 aux chantiers de la Loire à Saint-Nazaire. Il est lancé le 19 octobre 1914.
- Languedoc mis sur cale en avril 1913 aux Forges et chantiers de la Gironde est lancé le 1er mai 1915.
- Flandre est mis sur cale en octobre 1913 à l'arsenal de Brest et lancé le 20 octobre 1914.
- Gascogne est mis sur cale en octobre 1913 à l'arsenal de Lorient et lancé le 20 septembre 1914.
- Béarn est mis sur cale en janvier 1914 aux Forges et chantiers de la Méditerranée à La Seyne sur Mer et ne sera lancé qu'en avril 1920.
Les caractéristiques prévues pour ces cuirassés étaient:
25 230 tonnes en pleine charge
dimensions longueur 176,40 mètres; largeur 27 mètres; tirant d'eau 8,65 mètres
turbines à engrenages 32 000cv, vitesse 21 nœuds
armement: 12 canons de 340mm en trois tourelles quadruples - 24 canons de 138mm - 6 tubes lance torpilles de 450mm
Il s'agissait donc d'une version améliorée des trois Bretagne, la principale nouveauté étant l'armement principal en tourelles quadruples. Les Bretagne n'étaient eux-même qu'une amélioration des Courbet mais avec la même coque. Tous ces navires souffraient des mêmes lacunes, une insuffisance de vitesse et un manque de longueur qui causait un excès de poids aux extrémités et donc une mauvaise tenue à la mer par mauvais temps. Elle était connue mais il n'était pas possible alors d'y remédier car le manque de bassins limitait la longueur des coques. L'absence de vision à long terme faisait que l'évolution des navires n'avait pas été anticipée. Les nouveaux bassins Vauban permettant de remédier à cette situation, dont la construction démarra en 1911, ne furent prêts qu'en 1927.
Toujours est-il que les priorités du fait de la guerre étant ailleurs, la construction des cinq cuirassés du type Normandie fut interrompue après leur lancement. Après l'armistice de 1918, il fut un moment question de reprendre leur construction, mais faute d'argent et compte tenu des lacunes auxquelles il fallait remédier, le projet fut abandonné. Il aurait fallu allonger les coques puisque les bassins nécessaires étaient en cours de construction et les équiper de machines de 80000cv permettant une vitesse de 26 nœuds. Faute de volonté politique aussi, on décida en 1921 de les abandonner. Les quatre cuirassés les plus avancés furent démolis entre 1923 et 1929.
Le Béarn subit un sort particulier, sa coque avait servie entre octobre 1920 et avril 1921 pour des essais d'appontage et de décollage d'avions sur un pont en bois. En août 1923, la décision est prise d'en faire un véritable porte-avions, la coque et la propulsion d'origine sont conservés, un pont de 180 mètres est construit, un ilot et une imposante cheminée sont installés à tribord, il est armé pour essais le 1er septembre 1926, les premiers appontages ont lieu en 1927. Le 1er mai 1928, il entre en service et est intégré à la 1er escadre à Toulon.
Caractéristiques du porte-avions Béarn
22 501 tonnes; 28 900 tonnes en pleine charge
dimensions: longueur 182,60 mètres; largeur 27 mètres; tirant d'eau 9,3 mètres
2 turbines Parson sur les lignes d'arbre centrales, et 2 machines alternatives sur les lignes d'arbre latérales; 4 hélices; 36 200 cv; vitesse maximum 21,5 nœuds; rayon d'action 7 800 miles à 10 nœuds
protection:ceinture blindée de 80 mm; pont blindé de 25 mm
armement à l'origine: 8 canons de 155 mm en casemates
6 canons de 75 mmAA
8 x 37 mmAA
16 x 13,2 mmAA
4 tubes lance torpilles de 550 mm
35 à 40 avions
effectif: 43 officiers et 832 hommes
pont d'envol de 180 mètres sur 27 mètres
2 hangars superposés de 124 mètres sur 19,5 mètres
3 ascenseurs axiaux
5 brins d'arrêt schneider
1 grue de 12 tonnes

Il effectue plusieurs croisières en Atlantique et en Méditerranée. De décembre 1928 à mars 1929, il est en travaux pour améliorer les brins d'arrêt, des freins hydrauliques Schneider sont installés. Il subit une refonte de février 1934 à novembre 1935. Béarn est néanmoins handicapé par sa faible vitesse et des ascenseurs également lents. En octobre 1936, il est affecté à l'escadre de l'Atlantique. En septembre 1939 son groupe aérien est débarqué, de septembre 1939 à mai 1940 il effectue plusieurs rotations entre Brest et Halifax au Canada, pour mettre à l'abri l'or de la banque de France. En mai 1940, il charge à Halifax des avions achetés aux Etats-Unis, le 16 juin 1940 il quitte Halifax avec des avions en compagnie du croiseur Jeanne d'Arc. Le 20 juin, il reçoit l'ordre de gagner les Antilles, les ports de l'Atlantique étant sur le point de tomber aux mains des Allemands. Il retrouve le croiseur Emile Bertin à Fort de France à la Martinique, il y restera jusqu'en juillet 1943 (pour plus de détail sur cette période, voir notre article sur le ralliement au Général de Gaulle des Antilles sur ce blog). Le 8 septembre 1943 il part à la Nouvelle Orléans aux Etats Unis pour être refondu, est transformé en transport d'avions, le pont d envol est découpé à l'avant et à l'arrière, l'armement est remplacé par le matériel américain suivant: 4 canons de 127mm, 24 x 28mmAA, 26 x 20mmAA
Les travaux sont menés sans empressement à Norfolk, en mars 1945, les travaux enfin achevés, il embarque des avions à New York, le 31 mars 1945, il aborde un transport de troupes américain, doit relâcher aux Açores, avant d'être réparé à Casablanca, qu'il quitte le 19 juillet 1945.
D'octobre 1945 à juin 1946, le Béarn est utilisé pour le transport du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Il est ensuite renvoyé en métropole et arrive à Toulon le 23 juillet 1946, il est mis alors en réserve d'octobre 1946 à décembre 1948, a ce moment, il est affecté comme caserne pour les équipages des sous-marins de la 1er ESM, il restera ainsi jusqu'en 1966 quand il sera remplacé par une caserne à terre et condamné. Le Béarn est vendu le 31 mars 1967 à un chantier de démolition de Savone en Italie.
Le Béarn fut victime de l'erreur consistant à conserver la propulsion d'origine insuffisante pour un cuirassé moderne, a fortiori pour un porte-avions. La lenteur de ses ascenseurs d'autre part rendait extrêmement difficile les mouvements d'avions. Le Béarn ne fut donc jamais un très bon porte-avions.
Alain

vendredi 16 juillet 2010

14 Juillet 1943, ralliement au général de Gaulle des Antilles et de la flotte stationnée à Fort de France

Croiseur Emile-Bertin à Fort de France en 1941 (collection Alain V)

Porte-avions Béarn en 1941 aux antilles (photo ALAMER)

14 juillet 1943: Ralliement au général de Gaulle des Antilles et de la flotte stationnée à Fort de France.

Les croiseurs Jeanne d'Arc, Emile-Bertin et le porte-avions Béarn ont été surpris par l'armistice de juin 1940 en route vers Brest après avoir débarqué quantité d'or à Halifax au Canada. Cet or est destiné à payer le matériel de guerre, principalement des avions achetés aux États-Unis, pays alors neutre.
L'achat doit être payé comptant selon la formule dite cash and carry.
Emile-Bertin effectue un nouveau transport d'or, lorsque le 18 juin il est dérouté sur Fort de France avec sa cargaison. Rentrant sur Brest mais, apprenant l'avancée des allemands Béarn et Jeanne d'Arc sont déroutés sur Casablanca, puis, en définitive, rejoignent également Fort de France aux Antilles, ou ils arrivent le 27 juin 1940.
Le gouvernement américain s'assure que les bâtiments ne rejoindront pas la France métropolitaine; un accord est conclu entre l'amiral Robert, haut commissaire et commandant en chef aux Antilles françaises, et l'amiral américain Greenslade. Selon cet accord: les Antilles resteront attachées au gouvernement de la métropole mais les navires de guerre et les navires de commerce présents aux Antilles, cent avions, 300 tonnes d'or y demeureront. Un observateur américain séjournera en permanence dans les îles pour surveiller l'exécution de l'accord. Moyennant quoi, nos colonies pourront acheter en Amérique ce qui est nécessaire à leur subsistance.
Le 29 janvier 1941, Jeanne d'Arc et Emile-Bertin appareillent pour la Guadeloupe en entraînement puis reviennent à Fort de France.
Les tensions montent avec l'entrée en guerre des Américains et la nomination du gouvernement Laval pro-allemand à Vichy. Le 9 mai 1942, les Américains imposent des mesures concrètes pour immobiliser les navires, c'est le démontage de pièces pour s'assurer qu'ils n'appareilleront pas. Ces pièces sont envoyées au Maroc sur le croiseur auxiliaire Barfleur. L'amiral Robert refuse le ralliement à Alger et reste fidèle à Vichy en dépit des pressions exercées par les Américains.
Le gouvernement américain suspend alors tout ravitaillement des Antilles, ce qui crée des tensions avec la population. Les autorités de Vichy donnent des ordres de sabordage qui sont ignorés. Le 8 juillet, nouveaux ordres de sabordage, le commandant fait savoir l'opposition des équipages, il est relevé de son commandement.
Le 14 juillet 1943, les Antilles passent de l'autorité de Vichy à celle d'Alger, avec l'arrivée d'un nouveau gouverneur Mr Hoppenot nommé par Alger qui arrive à bord du contre-torpilleur Le terrible. L'amiral Robert est rapatrié par le même navire. Les pièces démontées sur les bâtiments sont ramenées du Maroc et remontées sur les navires qui sont remis en état de naviguer.
Le 31 juillet, Jeanne d'Arc part pour Porto Rico, puis aux Bermudes. Le 1er septembre, elle rallie Casablanca et, le 15 septembre arrive à Alger ou sa DCA est renforcée avant de reprendre le combat.
Le 25 août, Emile-Bertin quitte Fort de France pour Philadelphie ou ils va être réparé et sa DCA modernisée avant de reprendre lui aussi le combat aux côtes des Alliés.
Le porte-avions Béarn, trop vieux et surtout trop lent, est envoyé aux États-Unis pour être aménagé en transport d'avions, avec une DCA améliorée.
Alain

14 Juillet 1943, ralliement au général de Gaulle des Antilles et de la flotte stationnée à Fort de France

Croiseur Emile-Bertin à Fort de France en 1941 (collection Alain V)

Porte-avions Béarn en 1941 aux antilles (photo ALAMER)

14 juillet 1943: Ralliement au général de Gaulle des Antilles et de la flotte stationnée à Fort de France.

Les croiseurs Jeanne d'Arc, Emile-Bertin et le porte-avions Béarn ont été surpris par l'armistice de juin 1940 en route vers Brest après avoir débarqué quantité d'or à Halifax au Canada. Cet or est destiné à payer le matériel de guerre, principalement des avions achetés aux États-Unis, pays alors neutre.
L'achat doit être payé comptant selon la formule dite cash and carry.
Emile-Bertin effectue un nouveau transport d'or, lorsque le 18 juin il est dérouté sur Fort de France avec sa cargaison. Rentrant sur Brest mais, apprenant l'avancée des allemands Béarn et Jeanne d'Arc sont déroutés sur Casablanca, puis, en définitive, rejoignent également Fort de France aux Antilles, ou ils arrivent le 27 juin 1940.
Le gouvernement américain s'assure que les bâtiments ne rejoindront pas la France métropolitaine; un accord est conclu entre l'amiral Robert, haut commissaire et commandant en chef aux Antilles françaises, et l'amiral américain Greenslade. Selon cet accord: les Antilles resteront attachées au gouvernement de la métropole mais les navires de guerre et les navires de commerce présents aux Antilles, cent avions, 300 tonnes d'or y demeureront. Un observateur américain séjournera en permanence dans les îles pour surveiller l'exécution de l'accord. Moyennant quoi, nos colonies pourront acheter en Amérique ce qui est nécessaire à leur subsistance.
Le 29 janvier 1941, Jeanne d'Arc et Emile-Bertin appareillent pour la Guadeloupe en entraînement puis reviennent à Fort de France.
Les tensions montent avec l'entrée en guerre des Américains et la nomination du gouvernement Laval pro-allemand à Vichy. Le 9 mai 1942, les Américains imposent des mesures concrètes pour immobiliser les navires, c'est le démontage de pièces pour s'assurer qu'ils n'appareilleront pas. Ces pièces sont envoyées au Maroc sur le croiseur auxiliaire Barfleur. L'amiral Robert refuse le ralliement à Alger et reste fidèle à Vichy en dépit des pressions exercées par les Américains.
Le gouvernement américain suspend alors tout ravitaillement des Antilles, ce qui crée des tensions avec la population. Les autorités de Vichy donnent des ordres de sabordage qui sont ignorés. Le 8 juillet, nouveaux ordres de sabordage, le commandant fait savoir l'opposition des équipages, il est relevé de son commandement.
Le 14 juillet 1943, les Antilles passent de l'autorité de Vichy à celle d'Alger, avec l'arrivée d'un nouveau gouverneur Mr Hoppenot nommé par Alger qui arrive à bord du contre-torpilleur Le terrible. L'amiral Robert est rapatrié par le même navire. Les pièces démontées sur les bâtiments sont ramenées du Maroc et remontées sur les navires qui sont remis en état de naviguer.
Le 31 juillet, Jeanne d'Arc part pour Porto Rico, puis aux Bermudes. Le 1er septembre, elle rallie Casablanca et, le 15 septembre arrive à Alger ou sa DCA est renforcée avant de reprendre le combat.
Le 25 août, Emile-Bertin quitte Fort de France pour Philadelphie ou ils va être réparé et sa DCA modernisée avant de reprendre lui aussi le combat aux côtes des Alliés.
Le porte-avions Béarn, trop vieux et surtout trop lent, est envoyé aux États-Unis pour être aménagé en transport d'avions, avec une DCA améliorée.
Alain