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samedi 23 novembre 2024

23 novembre 1883 : accident sur le lac Léman



Le soir du vendredi 23 novembre 1883, vers 18 heures, c’est un vrai temps d’automne qui règne sur le lac. Il pleut, le vent d’ouest est fort et soulève de vraies vagues, la visibilité réduite.

Le Rhône qui est parti de Genève à 14 heures vient de quitter Évian  à 17 heures 15 pour gagner Ouchy. Il est aux ordres du capitaine Lacombe. 

Simultanément, le Cygne commandé par le capitaine Goop, quitte Ouchy en direction de Thonon, l’arrêt à Évian ayant été supprimé en raison des mauvaises conditions de navigation. Il n’emporte qu’une dizaine de passagers.

Les deux bateaux de la Compagnie générale de navigation font donc route l’un vers l’autre et doivent se battre contre les éléments. Sur les passerelles, les hommes guettent attentivement et les routes ne sont pas faciles à tenir.

À trois kilomètres d’Ouchy, les bateaux sont proches mais sont aux mains de marins expérimentés et le croisement devrait s’effectuer sans problème malgré ces mauvaises conditions. Mais soudainement, pour une raison inconnue, le Cygne vire à gauche. La collision devient inévitable et la proue de Cygne éperonne le flanc gauche de Rhône. Le choc est brutal et le bruit intense fait sursauter tous les occupants. Beaucoup tombent. Une large brèche est ouverte à proximité de la salle des machines. L’eau s’y engouffre et noie tous les appareils. La lumière s’éteint aggravant panique et confusion. Pendant quelques minutes, les deux bateaux sont fixés l’un à l’autre. Jusqu’à ce que le Cygne fasse marche arrière pour se dégager. Ainsi faisant, il libère la brèche, permettant à  l’eau de pénétrer encore plus vite dans le vapeur. Tant que le Cygne était encastré dans le Rhône une vingtaine de passagers de ce dernier purent sauter sur le pont du premier mais c’est maintenant impossible. D’autant que la coque du Rhône s’enfonce de plus en plus rapidement par la proue. en quelques minutes, elle disparait complètement. À la passerelle du Cygne l’ordre est donné de faire machine arrière et c’est dans ce sens de marche que le bateau rentra à Ouchy afin de ne pas embarquer d’eau par son avant lui aussi ouvert à l’eau. Heureusement, une cloison étanche séparait la proue du salon de seconde classe. Il y parvint à 18 heures 15.

Sur les quais d’Ouchy, des Lausannois attendent les rescapés pour les emmener dans les salons des hôtels situés à proximité. À quelques mètres de là, on a allumé les feux à bord du Chillon. Il partira dès que possible vers minuit pour croiser sur le lieu présumé de l’accident. Malheureusement, sa quête de survivants fut infructueuse. Il étendit ses recherches le long de la côte suisse du lac, de Saint-Sulpice jusqu'à Villette.  C’est à proximité de cette dernière localité que son équipage retrouva quelques vestiges comme des bancs ou une marmotte de commis-voyageur, mais surout la casquette du pilote du «Rhône», M. Chappuis. 

Tôt le samedi matin, Le «Cygne», vidé de l'eau qui avait pénétré à l'avant, appareilla pour gagner les chantiers de réparations et de constructions de la Compagnie Générale de Navigation à Morges.

Immédiatement, une enquête fut ouverte par un juge, M. Bidlinmeyer. Le capitaine du Cygne, M. Gopp, fut arrêté le dimanche soir et incarcéré à la prison de l’Evêché. Le procès se tint quelques mois plus tard et le capitaine fut acquitté par le Tribunal fédéral, ses manœuvres ayant suivi les règlements de l'époque. 

La presse de l’époque rapporta les histoires de plusieurs voyageurs du Rhône qui parvinrent à échapper au naufrage mais le bilan officiel de l’accident dénombre 14 disparus parmi lesquels figurent le restaurateur du « Rhône », Jean Delarue, d'Hermance,  et son épouse. Il avait sauté sur le «Cygne» mais ne voyant pas sa femme, il l'appela. Elle ne parvenait pas à se sauver seule. M. Delarue se porta à son secours. Ils coulèrent ensemble. La mère et la soeur du capitaine Goop, qui commandait le Cygne avait embarqué à Évian et ne furent jamais retrouvées. Le capitaine du Rhône, M. Lacombe, fut entraîné par trois bateliers sur le Cygne malgré son désir de quitter son bateau le dernier.

Le rapport de l'exercice 1883, présenté par la Compagnie Générale de Navigation à ses actionnaires fait l’analyse suivante :  « Le mauvais temps a été le facteur principal dans les causes de la catastrophe. Mais nous devons signaler en outre comme cause indépendante des bateaux, l'absence d'un règlement général de navigation international ayant force de loi dans toutes les parties du lac, et prévoyant le mode de croisement dans tous les cas qui peuvent se présenter. Il y a eu un manque d'entente entre les deux bateaux et chacun croit pouvoir justifier dans une certaine mesure la marche qu'il a adoptée, chose qui ne serait pas possible avec un règlement plus complet».

L’accident eut un fort retentissement à l’époque qui aboutit à la création d’une société de sauvetage encore en activité de nos jours.

En 1982, l’épave du Rhône fut découverte à 300 mètres de fond par la société Sub-rec. Elle fit depuis l’objet de plusieurs plongées et reportages photo-cinématographiques visibles sur le site de la société.


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dimanche 15 septembre 2024

18 septembre 1958 : naufrage du train ferry Ashtabula


Le train-ferry Ashtabula (construit en 1906 par le chantier Great Lakes Engineering Works de St. ClairMichigan) assurait le transport des trains chargés de charbon entre AshtabulaOhio, USA sur la rive sud du lac Erie et Port BurwellOntario, Canada sur la rive nord. Il coule le 18 septembre 1958 dans le port de sa ville éponyme à la suite d’une collision avec le vapeur Ben Morell. Il sera renfloué et envoyé à la démolition.




Le port d'Ashtabula


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dimanche 1 septembre 2024

1er septembre 1910 : début de la construction du cuirassé Courbet


Le 1er septembre 1910 commençait la construction du cuirassé Courbet à Lorient.

"Toulon. Le cuirassé Courbet se faisant remorquer pour aller au bassin" © Amédée Eywinger/ECPAD/Défense


Le célèbre cuirassé participa aux deux guerres et acheva sa carrière sur les plages normandes. L'amiral Wietzel raconte la fin du bâtiment.

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mardi 27 août 2024

27 août 1957 : naufrage du Ciudad de Buenos Aires


Nous avons évoqué récemment le naufrage du paquebot Ciudad de Asuncion. Restons dans les mêmes eaux pour relater l'histoire d'un paquebot comparable. Le Ciudad de Buenos Aires est un paquebot construit par le chantier Cammell Laird & Co. Ltd., de Birkenhead, Royaume-Uni sous le numéro de chantier 801  pour le compte de l’armement Nicolás Mihanovich et destiné au service de nuit sur la ligne Buenos Aires - Montevideo.  Il possède un jumeau nommé Ciudad de Montevideo.


Lancé le 12 mai 1914
Livré en novembre 1914
Longueur : 107,00 mètres
Largeur : 13,47 mètres
Quatre turbines à vapeur Hélices
Puissance : 5 825 chevaux
vitesse : 16 nœuds
tonnage brut : 3 864 
capacité de 537 passagers.

Le Ciudad de Buenos Aires est un bateau confortable voire luxueux qui possède deux ponts. La majorité des cabines bénéficie d’une vue sur la mer et certaines possèdent une véritable salle de bains.



Deux clichés : National Maritime Museum, Greenwich, London

Le premier voyage a eu lieu le samedi 30 janvier 1915. En 1942, il est transféré à la Compañía Argentina de Navegación Dodero SA qui est nationalisée en 1949. En 1951, il est transféré à la flotte fluviale argentine de la FANF. Depuis 1957, il est affecté à la ligne reliant  Buenos Aires aux ports du fleuve Uruguay.

Le 27 août de cette année-là, le paquebot Ciudad de Buenos Aires quitte la capitale argentine à 17 heures pour un voyage d’une journée à destination de Concepcion del Uruguay, sur le fleuve Uruguay à moins de 300 kilomètres. Il a à son bord 141 passagers et 89 membres d’équipage. Il est sous les ordres du commandant Silverio Brizuela qui peut s’enorgueillir de trente cinq ans de navigation.

La navigation se déroule sans problème au cours de cette nuit d’hiver.  Le temps est clair et la visibilité bonne. Le paquebot est au sud de l'île Juncal, près de l'embouchure du Paraná Guazú À la passerelle, on se prépare à entrer dans le fleuve Uruguay. Le repas est terminé et les passagers commencent à profiter de la soirée à bord. Soudainement, à 22 heures 45, une terrible secousse ébranle le paquebot faisant tomber un grand nombre de passagers. La proue du cargo américain Mormacsurf (de la compagnie Moore Mc Cormack Lines ) venant de Rosario (située plus haut sur le fleuve Parana) vient de s’encastrer dans la coque tribord du paquebot, à la hauteur de la troisième cheminée. 



Malheureusement, sous l’effet du courant, la proue du cargo américain va se dégager de la coque du navire argentin et laisser une plaie béante dans sa coque. L’eau s’y engouffre rapidement et le paquebot prend une inquiétante gîte sur bâbord. Les passagers ne peuvent que difficilement se tenir debout et certains glissent par dessus bord. La panique s’installe parmi les voyageurs. Des appels de détresse sont émis, des fusées lancées, les gilets de sauvetage sont distribués. L’équipage du cargo américain ne reste pas inactif. Les hommes ont confectionné une sorte de radeau en bois que les naufragés tentent d’agripper. Ils ont mis à l’eau les canots du cargo et ont immédiatement commencé à recueillir les passagers du paquebot. Rapidement plusieurs bateaux venant des côtes parviennent sur les lieux qui vont emmener les survivants à Nueva Palmira, Martín García et Carmelo. En moins de vingt minutes, le paquebot est englouti entraînant de nombreux passagers vers la profondeur du Rio et, seule, la pointe de son mât reste visible. Elle le restera pendant plusieurs années. En effet, à cet endroit, la profondeur du rio atteint vingt mètres. Le bilan officieux de l’accident sera d’une centaine de morts et disparus. Le commandant du paquebot a disparu au cours de l’évacuation et des rumeurs ont circulé quant à son éventuel suicide. Le rapport de l’Us Coast Guard daté d’avril 1958 valide le rapport du Bureau maritime d’enquête et conclut à l’absence de responsabilité du cargo américain.













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jeudi 11 juillet 2024

11 juillet 1963 : naufrage du paquebot Ciudad de Asuncion




Le Ciudad de Asuncion a été lancé en Écosse en 1929 par le chantier Inglis A. & J. Ltd. Comme beaucoup d’autres navires opérant sur le Rio de la Plata et les fleuves qui l’alimentent, c’est un « petit bateau » (97 mètres de longueur,18 mètres de largeur, tirant d'eau de 3 mètres, déplacement 2 188 tonnes, vitesse 15 nœuds. Sa capacité est de 500 passagers et 420 tonnes de fret) mais c’est un « beau bateau » dont les installations comportent des cabines luxueuses et plusieurs salons. Pour la compagnie Empresa Flota Fluvial Del Estado Argentino (EFFEA), basée à Buenos Aires, il effectue la traversée régulière du Rio de la Plata entre Montevideo et Buenos - Aires soit une course d’environ 240 kilomètres. Il porte le nom de la capitale du Paraguay et possède un jumeau Ciudad de Corrientes.

Le 10 juillet 1963, le paquebot Ciudad de Asuncion quitte Montevideo à destination du port argentin de Buenos Aires sur l’autre rive du Rio de la Plata. C’est l’hiver ici ; la nuit est très froide et un épais brouillard recouvre l’immense embouchure. Le départ du bateau en a été retardé puis autorisé à 21 heures en raison d’une amélioration. Il embarque 360 passagers ; son équipage comprend 64 personnes aux ordres du commandant Juan Carlos Avito Fernández, un marin expérimenté qui navigue ici depuis 39 ans.

Le début de la traversée nocturne qui doit durer environ huit heures se déroule sans ambages. La route que suit le navire, même si ce n’est pas la route « officielle », est la plus fréquemment empruntée par les bateaux de la compagnie pour des raisons de rapidité et de consommation. Ce que nul n’ignore mais dont personne ne parle…

Mais le brouillard se densifie à nouveau et, sur la passerelle, personne ne voit les balises qui signalent l’épave du cargo grec Marionga J. Cairis  avec laquelle le paquebot entre en collision. L’accident provoque un trou dans la coque et petit à petit le paquebot inondé s’enfonce dans l’eau du Rio. Le feu se déclare dans la salle des machines provoquant l’extinction des lumières du bord et un important dégagement de fumée dans les coursives. Il est maintenant deux heures du matin. Les passagers, vêtus le plus chaudement possible, se rassemblent sur le pont le plus élevé.

Et l’on retrouve les ingrédients de bon nombre de naufrages historiques : manque de canots de sauvetage, accidents lors de leur descentes, équipage inexpérimenté et dépassé par les événements, certains passagers qui se jettent à l’eau… Tout cela dans la nuit et l’eau froides de l’hiver. Heureusement, le navire n’est pas submergé par la mer ; sa descente est stoppée par un banc de sable sur lequel il se pose à la position 34° 45.830 S, 57° 27.550 W. soit à mi-chemin de son voyage. 


Le pont supérieur est laissé hors de l’eau et tous les occupants y sont rassemblés dans le froid et l’angoisse. Un peu plus de trois heures après le naufrage, les premiers sauveteurs parviennent sur les lieux à bord des bâtiments de la marine argentine ARA King  et ARA Murature . Ils sont suivis du Granville, du Py et de plusieurs remorqueurs venant de La Plata, parmi lesquels The Avenger. Les rescapés sont emmenés à la base navale de Río Santiago, à Ensenada , à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Buenos Aires. Le bilan humain officiel du naufrage est de 53 morts.





Le naufrage eut un certain retentissement en France en raison de la présence parmi les naufragés de l'abbé Pierre, créateur en 1949 de la fondation Emmaüs d’aide aux sans-abri. Le journaliste Philippe Labro raconte ici son entrevue avec le prêtre.

L’histoire de la navigation fluviale de l’embouchure jusqu’au Brésil est retracée de façon fort claire et intéressante sur le lien : https://www.shippingwondersoftheworld.com/river_plate.html

Avec le naufrage du Ciudad de Buenos Aires en 1957 et la collision impliquant les navires Royston Grange et Tien Chee en 1972, le naufrage du Ciudad de Asuncion est l'une des des plus grandes tragédies du Río de la Plata du XXe siècle.



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jeudi 20 juin 2024

20 juin 1991 : lancement du paquebot catamaran Radisson Diamond



Il est maintenant complètement oublié et pourtant… Il y a trente trois ans jour pour jour, le 20 juin 1991 le chantier finlandais Rauma Finnyards procédait au lancement du Radisson Diamond (20 295 GRT, IMO 9008407), un paquebot unique en son genre. Sa coque de catamaran, destinée à assurer la meilleure stabilité possible, l’a immédiatement rendu célèbre. Il attirait l’attention de tous lors des escales qu’il effectuait dans les ports du monde entier lors de croisières commercialisées par Radisson Seven Seas Cruises de 1992 à 2005. Mais le concept ne s'est pas développé et il sera le seul paquebot de ce type.

Puis il devient « casino flottant » à Hong Kong sous différents noms et les bannières successives de plusieurs opérateurs (Omar Star 2005 - 2005, Asia Star 2005 - 2011).

En juin 2011, le paquebot devient propriété de China Cruises Company Limited qui le rebaptise China Star. La compagnie souhaite alors développer le marché de la croisière (y compris vers les pays limitrophes) pour les touristes chinois et envisage l’acquisition de deux autres grands navires. Il devient Saipan Star en novembre 2017 mais le 21 septembre 2022, une tempête le jette à la côte à proximité de Shandong, sur la côte ouest de la mer Jaune. Il semble être actuellement à l’abandon.


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mercredi 5 juin 2024

8 juillet 1928 : Naufrage du Mercedes sur le lac Majeur

 

Le dimanche 8 juillet 1928, le temps est beau dans le canton suisse du Tessin et plusieurs bateaux d’excursion naviguent sur le lac Majeur. Parmi eux se trouvent l’italien Magnolia de la Compagnie de Navigation du Lac Majeur et le Mercedes de la compagnie Bader. C’est un bateau tout neuf qui a été mis à l’eau trois mois auparavant et qui opère entre Locarno et Pallanza. À bord de ce dernier se trouve une dizaine de passagers et deux hommes d'équipage.

En fin de matinée, à 11 heures, les deux bateaux se croisent à une trentaine de mètres au large de l’île de Brissago, dans la partie suisse du lac. Pour une raison inconnue, la proue du Mercedes qui fait route au sud vient éperonner le flanc de la coque du Magnolia qui se dirige vers Locarno. Les dégâts sont importants et le Mercedes coule en quelques minutes.

Tous les passagers pourront être sauvés grâce en particulier au courage d’un douanier italien nommé Trulli qui se trouvait à bord du Magnolia et à l’équipage du même bateau. L’accident ne fera qu’une victime, le pilote du Mercedes Ferdinando Vigini, âgé de 22 ans qui n’a pu s’échapper du bateau submergé.


Le 6 mars 2024, les membres de Nautic Discovery ont retrouvé (alors qu’ils étaient à la recherche d’une autre épave) les restes du Mercedes à plus d'un kilomètre du lieu de l'accident, au large de Brissago, à 270 mètres de profondeur. Hormis les dégâts de l’étrave, les plongeurs ont jugé que l’épave est en bon état. Il semblerait néanmoins qu’une tentative de renflouement ne puisse être envisagée en raison de la fragilité du bois de la coque due au temps passé dans l’eau.


samedi 30 mars 2024

28 mars 2024 : l'accident du bateau Simplon

 


Le Simplon est l’un des huit bateaux qui constituent la flotte « Belle époque » de la Compagnie Générale de Navigation, basée à Ouchy, sur le lac Léman. Flotte « Belle époque »? Comprenez les huit navires construits entre 1900 et 1920 et préservés par la compagnie avec le concours de mécènes privés et de subventions publiques. Remontons le temps pour connaître les origines de ce beau « bateau salon ».

C’est au cours de l’assemblée générale du 30 septembre 1913 qu’est décidée sa construction par le chantier Sulzer. Sa mise en service est prévue pour 1915 mais les aléas de l’histoire et la guerre qui va ravager l’Europe font qu’il n’entrera en service qu’en 1920. Le site de l'ABVL (Amis des Bateaux à Vapeur du Léman), qui participe activement au financement de la préservation de cette flotte historique nous renseigne sur la suite de l’histoire du bateau. Jusqu’au jeudi 28 mars 2024…


Ce jour-là, le Simplon navigue pour un séance d’essais après une période de maintenance et avant la reprise du service pour l’horaire d’été. Mais une avarie survient et, en raison de mauvaises conditions météorologiques empêchant son retour au chantier d’Ouchy, il est décidé de remorquer le bateau vers l’embarcadère de Cully afin de le mettre à l’abri. La vaudaire, ce vent qui souffle du sud-ouest sur le lac, va forcir comme rarement et mettre le bateau amarré en péril en le poussant sur les rochers et contre l’embarcadère qui ne peut résister. Dans la journée du vendredi 29, les choses deviennent graves. Malgré les efforts des pompiers et du personnel de la compagnie, la situation de Simplon est critique : le débarcadère est partiellement détruit, les amarres cèdent, la porte d’embarquement tribord est arrachée, la coque est trouée à l’arrière tribord, le gouvernail est détruit. 






Le samedi 30 au matin, il fait gris sur le lac. Dans le coeur de beaucoup de Vaudois aussi. Mais le vent a faibli et le remorquage de Simplon vers Ouchy peut commencer. Il est écarté du rivage puis accouplé au Léman, un bateau moderne de la compagnie qui va l’emporter vers le chantier de la compagnie à Ouchy. Il y parvient en fin de matinée. Un bilan précis des dégâts y sera dressé avant toute décision.






Tous clichés Copyright Gilles Barnichon


lundi 29 août 2022

SABORDAGE DE LA FLOTTE DANOISE LE 29 AOÛT 1943

Sohunden

Peder Skram

Parmi les nations occupées par les forces allemandes au cours de la Seconde Guerre Mondiale, le Danemark bénéficia d’un régime plus souple que les autres. Les forces allemandes y pénétrèrent sans avoir à combattre le 9 avril 1940 mais les institutions parlementaires continuèrent à fonctionner, le Premier ministre et le roi Christian X (qui avaient demandé au peuple danois de ne pas résister) restèrent en place. Les forces armées du royaume ne jouèrent aucun rôle particulier et les activités de la Marine se limitèrent à des exercices hormis pour les dragueurs de mines qui exercèrent leur fonction entre les nombreuses îles du territoire. Néanmoins, le sentiment de résistance à l’occupant prit peu à peu une importance croissante parmi la population. En réponse à ce sentiment antinazi, le Reich déclenche l’opération Safari le dimanche 29 août 1943. Les forces allemandes qui occupaient le Danemark tentèrent ce jour-là de s’emparer des navires de la flotte de la Marine Royale Danoise comme de toutes les autres structures militaires danoises.

Cette tentative d’appropriation avait été anticipée de longue date par les officiers de la marine danoise. Il était prévu que, dans un tel cas, les équipages devaient essayer de fuir avec leur navire vers la Suède, alors neutre. Si cela s’avérait impossible, ils devaient saborder les navires selon les ordres du Vice Amiral A. H. Vedel, commandant en chef de la marine.

À l’issue de cette opération, tous les militaires danois furent emprisonnés pendant plusieurs mois puis libérés. Un grand nombre d’entre eux fuirent alors vers la Suède puis l’Angleterre ; d’autres restèrent en Suède et formèrent la Brigade Danoise. Les Allemands occupèrent l’arsenal dont l’activité jusqu’à la fin de la guerre restera pauvre, les ouvriers danois opposant une résistance passive. L’occupant, rapidement, tentera de renflouer les navires qui pouvaient l’être et, dans ce but, fit venir d’Allemagne une grue flottante. 

Ainsi, sur les 52 grands bâtiments que comptait la Marine Royale Danoise le 29 août 1943 :
- 2 étaient à cette date au Groënland,
- 32 furent détruits lors du sabordage,
- 4 purent fuir et atteindre la Suède,
- 14, restés intacts, furent saisis par les Allemands.
Parmi les bâtiments de faible tonnage, 9 purent s’échapper et 50 furent saisis.






BIBLIOGRAPHIE :

http://www.milhist.dk/besattelsen/august29/safari_uk.htm

http://www.answers.com/topic/scuttle

http://www.navalhistory.dk/english/history/1939_1945/us_afteraugust29.htm#Top


lundi 15 août 2022

15 août 1914 : inauguration du canal de Panama




Après des années de travaux, de déboires, d'intrigues politico-financières et d'autres péripéties, le canal de Panama est officiellement ouvert le 15 août 1914. C'est le cargo mixte Ancon qui est considéré comme le premier navire à avoir transité par le canal.



dimanche 14 août 2022

15 août 1942 : opération Pedestal

Le pétrolier Ohio parvenant à La Valette le 15 août 1942


Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, l’île de Malte représentait pour les Alliés un atout stratégique majeur duquel pouvait être lancées des opérations contre les forces de l’Axe en Afrique du Nord. Pour cette raison, elle fit l’objet d’un blocus par ces dernières. En 1942, tout vint à y manquer, de la nourriture pour les civils jusqu’au carburant et aux munitions pour les avions de la Royal Air Force basés sur l’île. Afin d’éviter la reddition de l’île, l’opération britannique Pedestal est organisée pour ravitailler l’île en y envoyant un convoi composé d’une trentaine de bâtiments de combat escortant treize cargos. Parmi ces derniers figure le pétrolier américain Ohio, l’un des plus gros navires citernes alors disponibles, servi par un équipage britannique aux ordres du capitaine Dudley Mason.

Le convoi WS21S pénètre en Méditerranée le 10 août 1942. Etant donné l’enjeu, il est l’un des plus importants jamais organisé. Dès le lendemain et pendant trois jours, le convoi va subir les attaques aériennes et sous-marines des forces de l’Axe. Les pertes seront lourdes tant en hommes qu’en matériel.  Les navires seront accueillis avec la liesse que l’on imagine par les insulaires et l’orchestre du Royal Malta Artillery installé au fort St Elme. L’élément principal du convoi, le tanker Ohio, n’aura pas été épargné. Bien que lourdement touché à plusieurs reprises, il pourra atteindre le 15 août La Valette à vitesse réduite et avec un appareil de gouverne inefficace, encadré par deux destroyers. Ses avaries sont telles qu’il sera remorqué et coulé au large de l’île après y avoir débarqué sa si précieuse cargaison. Il est estimé qu’un tiers des fournitures embarquées parvinrent à destination mais il permit à l’île de poursuivre son rôle stratégique.

Voir ici la chronologie des événements dans un article du Times of Malta dont sont issus les trois clichés de cet article et un hommage philatélique.


jeudi 13 juin 2019

Éric Tabarly, disparu en mer d'Irlande le 13 juin 1998


Tabarly sur le pont de Pen Duyck

Éric Tabarly est un navigateur français, 
né le 24 juillet 1931 à Nantes et mort en mer d’Irlande 
le 13 juin 1998 à la suite d’une chute à la mer…

lundi 24 décembre 2018

Noël à bord


La tradition de la Royal Navy voulait qu'à l'issue du service religieux le Commandant et ses officiers se rendent dans les quartiers des marins. Ils y dégustaient à l'extrémité de chacune des longues tables de petites parts des plats que le cuisinier avait spécialement préparés pour l'occasion et leur présentait. Des voeux étaient bien sûr échangés. Une autre tradition voulait qu'une collecte ait eu lieu quelques jours auparavant parmi les officiers ; elle était destinée aux familles de chacun des marins du bord.

vendredi 26 octobre 2018

2 janvier 1935 : perte du bananier "Île de Loos"

Les documents qui suivent racontent une fortune de mer bien ignorée de beaucoup de monde qui s'est déroulée en janvier 1935 au large de Casablanca. Ils nous ont été envoyés par Mr Guy Jamin que nous remercions très sincèrement pour nous l'avoir fait connaître.



Le bananier "Îles-de-Loos" (il s'agit bien là du nom officiel du navire contrairement à ceux utilisés dans les articles reproduits) fut construit en 1934 à Elseneur pour la compagnie marseillaise Fraissinet. C'est en revenant de Côte d'Ivoire à destination de Marseille qu'il fut perdu au cours de son voyage inaugural.




Bien que le document suivant soit étiqueté "4", il est bien la suite immédiate du précédent. Il n'y pas de lacune dans la présentation de l'article.







Longueur : 99,27 m.
Largeur : 12,95 m.
2 9000 TJB



samedi 27 juin 2015

27 juin 1905 : la mutinerie du cuirassé Potemkine



Si chacun connait le nom du navire et le titre du fameux film de Sergueï Eisenstein « Le cuirassé Potemkine », moins de gens pourraient donner la date des événements et le déroulement des faits. Le 27 juin 1905 éclatait à bord d'un cuirassé basé en mer Noire ce qui devait devenir l'un des prémices de la Révolution russe de 1917.

L'année 1905 a mal commencé pour les Russes et le régime de Nicolas II. La victoire japonaise du début de l'année a marqué les esprits et, dans l'armée, l'homme de troupe a compris que ses supérieurs n'étaient pas invincibles. Les conditions économiques sont désastreuses dans l'ensemble du pays. Selon certains, les meilleurs officiers et équipages de la marine impériale ont été envoyés en Asie ; il ne reste dans les eaux de la mer Noire que des troupes moins fiables. Les premières idées révolutionnaires ont commencé à circuler à terre bien sûr mais également sur certains bâtiments de la flotte. À bord d'un bon nombre d'entre-eux, se trouvent, principalement parmi les marins bien sûr, des partisans des idées nouvelles.

Le bâtiment
Le navire qui deviendra célèbre sous le simple nom de Potemkine porte en réalité celui de Kniaz Potemkin Tavricheskiy du nom d'un favori de Catherine II qui est à l'origine de la création de la flotte de la mer Noire. Il s'agit d'un cuirassé de 12 600 tonnes dont l'équipage compte environ 700 hommes. Il s'agit là d'un comme souvent dans la marine russe d'un équipage constitué de « non-marins », bien souvent des paysans enrôlés de force et ne disposant d'aucune qualification maritime. La construction du navire a commencé en 1898, il est entré en flotte en 1904.

Les faits
En juin 1905, le bâtiment se trouve en mer Noire pour des exercices. Il est commandé par le capitaine de vaisseau Ievgueni Golikov, réputé assez souple quant à la discipline. Le second, reconnu pour être plus autoritaire est le capitaine de frégate Guiliarovski. À bord se trouvent quelques marins convertis aux idées révolutionnaires dont le leader va se révéler être le quartier-maître torpilleur Afanassi Matouchenko Il ne leur manque qu'un prétexte pour agir et entrainer l'équipage dans la rébellion sociale en cours dans le pays. L'occasion leur est fournie par la viande livrée à bord le 26 juin. Certains marins remarquent alors que les quartiers dégagent une odeur nauséabonde et que de nombreux vers y sont visibles. À la demande du commandant alerté, le médecin du bord, le Dr Smirnov vient examiner la viande. Le résultat de son expertise est clair : la viande est apte à être consommée, les cuisiniers du bord peuvent l'utiliser. Ce qu'ils font dès le lendemain. C'est donc le 27 juin qu'elle est servie aux marins. Dans l'intervalle, la rumeur s'est répandue à travers le bord et l'ensemble de l'équipage refuse de manger. La tension monte entretenue par Afanassi Matouchenko assisté de Fiodor Mikichkine et Josef Dimtchenko. Le commandant après avoir fait rassembler l'équipage sur le pont tente une reprise en mains mais devant l'échec de celle-ci, il est demandé à un peloton armé de s'emparer des meneurs. Comme il était prévisible, les gardes armés passent du côté des mutins. Les événements se précipitent rapidement. Un meneur, Grigori Vakoulintchouk, s'est emparé d'une arme et tire en l'air. Le second le blesse en ripostant et est immédiatement abattu, vraisemblablement par Afanassi Matouchenko. Les tirs se multiplient ; le commandant et plusieurs officiers sont abattus, quelques autres parviennent à gagner à la nage le torpilleur qui navigue de conserve avec le cuirassé. Vakoulintchouk décéde rapidement.


Les choses s'organisent ; un « comité » est élu qui doit commander le navire. Sans surprise, on trouve Afanassi Matouchenko à sa présidence. Un officier en fait partie, le lieutenant de vaisseau Alexeev, auquel on décerne le titre théorique de commandant. Il n'a en fait aucun pouvoir. La grande question est de savoir quoi faire maintenant. La réponse est rapidement trouvée : « Cap sur Odessa ! ». Depuis quelques jours, la ville portuaire est fortement agitée par le mouvement social. De nombreux tirs sont entendus dans les rues ; on cite le chiffre de plusieurs centaines de morts. Grèves, émeutes et répression y règnent. L'arrivée d'un bâtiment de l'importance du Potemkine lourdement armé peut aider à amplifier la révolution. C'est en tous cas l'espoir de Constantin Feldmann, le leader révolutionnaire de la cité ukrainienne.


Le navire parvient en rade dans la soirée du 27 juin. Dès le lendemain, un contact est établi entre les « démocrates » du bord et ceux de terre, ces derniers menés par un étudiant nommé Constantin Feldmann. Un appel à l'insurrection est lancé. Discours politiques et affrontements violents et meurtriers entre forces loyalistes et progressistes se succèdent. Ce sera là pour Eisenstein l'inspiration de la scène fameuse de l'escalier. L'enterrement de Vakoulintchouk est, bien évidemment, lui aussi l'occasion de discours et d'échauffourées. Initialement rétif, l'équipage finit par admettre l'idée de tirs du Potemkine sur la ville afin d’impressionner les troupes ; le peu de tirs réalisés ne servira finalement à rien. Encore pire, le cuirassé et sa conserve, le torpilleur 267, vont être forcés de quitter le port ukrainien par l'arrivée d'une flotte envoyée depuis Sébastopol dans le but de rétablir l'ordre. Les navires rebelles parviennent à s'enfuir grâce au mutisme des canons des poursuivants que les servants ont refusé d'actionner. L'un des poursuivants, le cuirassé Gueorgui Pobedonossets, passe même temporairement du côté des rebelles. Ils sont donc maintenant trois bâtiments à avoir fait sédition ; ils gagnent ensemble le port d'Odessa. Les bâtiments restés fidèles retournant à Sébastopol. Le Potemkine et le torpilleur quittent Odessa qui est jugé trop risqué pour eux si une nouvelle flotte venait les attaquer.

La fin du voyage
Le 2 juillet (19 juin) 1905, cuirassé et torpilleur parviennent à Constanţa, en Roumanie, pour y charbonner et embarquer des vivres. Accessoirement, c'est l'occasion pour les révolutionnaires de lancer un appel au monde entier afin de faire triompher la révolution. Les autorités roumaines autorisent l'approvisionnement en vivres pour l'équipage mais s'opposent au ravitaillement du navire. Au contraire, le roi Carol 1er propose l'asile politique contre la reddition des mutins. Après un refus de la part de l'équipage et une errance de plusieurs jours en mer Noire, le cuirassé revient à Constanţa le 8 juillet contre l'avis de Matouchenko. Officiers et marins débarquent, certains déclarent avoir été gardés à bord contre leur volonté et regagnent la Russie à bord du torpilleur 267. D'autres restent en Roumanie. Un groupe d'irréductibles menés par Matouchenko saborde le bâtiment qui s'échoue à plat sur le fond.


Mais les aventures du navire ne sont pas terminées. Il est relevé par la marine impériale qui, voulant oublier le nom fâcheux, le rebaptise Panteleïmon (du nom du saint célébré le 9 août, jour de son arrivée à Sébastopol). Après une nouvelle révolution (aux résultats plus durables celle-ci), il retrouve en avril 1917 son nom abrégé et chargé de symboles « Potemkine » puisen mai 1917 , il prend celui encore plus symbolique de « Borets za Svobodou » qui signifie « Combattant de la Liberté ». il est intégré à la flotte rouge puis capturé par les Alliés en 1918. Il est sabordé par son équipage britannique en 1919 lors de l'évacuation de Sébastopol par les forces blanches. Il est relevé mais les dégâts sont irréparables. Certaines scènes du film auraient été tournées à son bord avant sa démolition en 1923.


Le sort des mutins
Après la décision en 1907 de Nicolas II d'amnistier les participants aux troubles de 1905, seuls cinq des mutins du Potemkine (parmi lesquels Matiouchenko) regagneront la Russie. C'était une mauvaise décision de leur part : Matiouchenko est pendu, les quatre autres sont déportés en Sibérie. Une soixantaine de marins rentrés en Russie sont jugés. Sept sont condamnés à mort, dix-neuf à la déportation en Sibérie et trente-cinq à vingt ans de prison. L'étudiant Constantin Feldmann est arrêté mais s'échappe vers l'Autriche et y rédige en aglais sa version des faits « The Revolt of the Potemkin ». Environ six cent marins sont autorisés à rester en Roumanie. Beaucoup en seront expulsés après des événements protestataires. Certains gagneront le Royaume-Uni puis le continent américain.




Le film
Le film de S. Eisenstein réalisé en 1925 qui donne une vue romancée de l'histoire sera considéré comme l'un des chefs d'oeuvre de la culture cinématographique stalinienne. Il donne l'impression que c'est la mutinerie du croiseur qui déclenche les événements à terre. Certaines scènes, comme celle de l'escalier où les civils sont massacrés et du landau qui dégringole les marches, furent entièrement imaginées par Eisenstein lui-même afin de marquer les esprits. La fin en particulier est arrangée pour ne pas montrer la réelle conclusion de la mutinerie. Libre de droits, il est visible ici (version originale - version sous-titrée en français).