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samedi 18 octobre 2025

"Cargos pour le goulag"


L'histoire du transport maritime des prisonniers vers les camps de la Kolyma :



Contact : archivesmaritimes(at)gmail.com

samedi 2 septembre 2017

Brise-glace Toros


Le brise-glace Toros, l'un des nombreux brise-glaces russes lancés durant cette période, a été construit à Revel maintenant connue sous le nom de Tallinn. Sa mise à l’eau eut lieu en 1916. mais la poursuite immédiate de sa construction est rendue impossible par les circonstances particulières que connait alors la Russie. Après que sa coque ait été transférée aux chantiers A. Marti de Leningrad, il y est achevé en 1929 et livré le 24 décembre. Sa longueur est de 64,4 m, sa largeur de 14,2 m, son déplacement de 1 396 tonnes, sa vitesse de 14 nœuds. Initialement exploité dans la mer Baltique, Toros est transféré à Odessa au milieu des années 20. il participe au remorquage sur la mer d'Azov, dans l'estuaire du Dniepr et sur le Danube.


Le texte du vétéran Oleg Bulovich, « travailleur honoraire de l'URSS » qui participa à l'entretien du brise-glace, permet de découvrir certains détails de l'histoire ce bateau (voir « Ports de l'Ukraine, № 05 (107) 2011 ») (http://portsukraine.com/node/2158). Ainsi :

- le sauvetage du Ilyich échoué dans les eaux turques en décembre 1931 et lui permet de regagner son port d'attache Odessa

- en mars 1933 secours au vapeur Kharkov ou Kharkiv. Le 8 mars 1933, le vapeur soviétique Kharkov lors d'une violente tempête en mer Noire s'échoue à peu de distance de l'entrée du Bosphore. L'intervention du Toros, de plusieurs autres navires et de plongeurs permet de remettre le cargo à flots. Ce dernier est ensuite remorqué jusqu'à Sébastopol où il sera réparé. Remarquons que le récit d'Oleg Bulovich fait état d'une cargaison de légumes ; un quotidien australien évoque lui une cargaison d'armes...
- en 1937, il participe à un important convoyage d'éléments portuaires flottants à destination de l'extrême Orient dont il existe peu d'exemples comparables à l'époque.
Le navire s'illustre à plusieurs reprises au cours de la grande guerre patriotique. Le 22 juin 1941, le navire est en réparation à Nikolaev puis il participe à la fin de l'année aux combats de la péninsule de Kertch durant lesquels il sera très endommagé. Au cours des mois suivants, il fait partie des navires actifs dans les combats de la région. Au cours de l'automne 1942, la base navale de Novorossiisk est aux mains de la 17e Armée allemande (et ce depuis le 6 septembre 1942). Mais un petit groupe de marins soviétiques réussit à résister dans un quartier de la ville. Dans la baie de Tsemes, se trouve un dock flottant. Il est impensable qu'il puisse être pris par les Allemands ; il doit donc être déplacé vers un lieu jugé plus sur. La mission de le remorquer est attribuée au Toros et à son équipage. Dans la nuit du 4 septembre, le dock est pris en remorque malgré les tirs allemands. Après la sortie de la baie, juste après l'aube, un nouveau danger qui vient du ciel pèse sur le convoi. Mais il parvient à échapper au danger et à gagner Soukhoumi, alors capitale de la République socialiste soviétique autonome d'Abkhazie, élément de la République Socialiste Soviétique de Géorgie.


Après le retour de la paix, basé à Odessa, le Toros retrouve ses activités traditionnelles de convoyage à travers les glaces en hiver et de remorquage divers en été. Mais d'autres événements importants surviennent :
- le 8 avril 1949, le cargo soviétique Anatoli Serov explose en mer Noire après avoir heurté une mine alors qu'il transportait une cargaison de minerai. L'équipage du Toros parvient à recueillir sept marins.
- en 1966, il participe au sauvetage du paquebot grec Marie.



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Il est désarmé en 1967 et vendu à la démolition. Certaines parties de son équipement sont conservées au Musée de la Marine de l'Ukraine.





Nous rappelons à nos lecteurs qu'entre deux deux publications sur ce blog des informations sont données sur nos pages Google+ et Facebook.



lundi 11 janvier 2016

Anatase Mikoyan, brise-glace soviétique


La construction de deux brise-glaces de la classe Joseph Stalin a été entamée au chantier André Marty de Nikolaïev en novembre 1935. Il est alors prévu que l’un d’entre eux porte le nom de Otto Schmidt en hommage au brillant mathématicien, un temps responsable du Glavsevmorput. Le même chantier construira un autre navire identique, qui prendra le nom de Lazare Kaganovich. Un chantier de Leningrad construira les deux autres unités de la même série ; elles porteront les noms de Joseph Stalin et Vyacheslav Molotov.


L'Otto Schmidt sera lancé en 1938 et prendra au cours de l'année suivante le nom d’Anatase Mikoyan afin de célébrer l’un des proches collaborateurs de Staline.

Il est livré le 26 août 1941 sans que des essais aient pu se dérouler lieu. Ils ont été empêchés par les actions aériennes de l’armée allemande qui bombarde la ville de Nikolaeïv. Le brise-glace gagne donc Sébastopol où un armement d’une vingtaine de canons de différents calibres sera installé à son bord. En revanche, le projet des hydravions qu'il devait être possible de lancer depuis une rampe placée à l'arrière a été abandonné. Ainsi armé en croiseur auxiliaire, il va participer à plusieurs opérations militaires au cours de l'été 1941 (défense d'Odessa et de Sébastopol, évacuation de civils et de blessés de Sébastopol à Novorossisk, débarquement de Grigorievka le 22 septembre) puis reçoit l'ordre de gagner l'Arctique.

C'est alors que se déroule l'épisode sans conteste le plus marquant de la vie de ce navire : un voyage de neuf mois (novembre 1941 – août 1942) qu'il dût effectuer au départ de la mer Noire pour gagner le détroit de Bering en traversant successivement la Méditerranée puis les océans Atlantique et Pacifique. À son départ de la mer Noire, aux ordres du capitaine de 2e rang S.Sergeev, il est accompagné des trois pétroliers Sakhaline, Tuapse et Varlaam Avanessov qui doivent gagner le port anglais de Famagouste sur l'île de Chypre.

Pour satisfaire aux conditions turques de neutralité, c'est sans armes que le brise-glace doit traverser le Bosphore. Celles-ci ont donc été retirées avant le début du voyage lors d'une escale dans le port géorgien de Poti. C'est par conséquent sans pouvoir riposter que, après une escale à Istanbul à la fin du mois  de novembre 1941, le navire est attaqué par trois torpilleurs italiens en mer Égée, peu de temps après avoir quitté le détroit des Dardanelles. Des manœuvres d'évitement lui permettent d'échapper aux dégât qu'auraient causé les torpilles italiennes. Il subit une nouvelle attaque italienne le lendemain qui, si elle n'atteint pas la coque, laisse de nombreuses empreintes sur ses cheminées et dans ses superstructures. Mais il put encore une fois éviter les torpilles et atteint la base britannique de Chypre où sont opérées les réparations nécessaires. Sa perte ayant été proclamée par les forces de l'Axe à la suite du recueil de morceaux de bois et d'un gilet de sauvetage provenant d'un canot de sauvetage du brise-glace qui était tombé à l'eau atteint par les tirs ennemis, il fut accueilli par un groupe britannique prêt au combat devant l’arrivée d’un ennemi potentiel.

Le voyage reprend par le canal de Suez et la mer Rouge. Le brise-glace quitte Aden le 1er février 1942 et fait route le long de la côte orientale de l'Afrique. Une escale au Cap lui permet de charbonner de façon importante en vue de la traversée de l’Atlantique. Il quitte Le Cap le 26 mars 1942, destination Montevideo atteinte sous une escorte britannique qui a joint récemment. Puis c'est au tour du cap Horn d'être franchi avant de remonter au nord vers San Francisco. La Corne d’Or de Vladivostok accueille le brise-glace en juin 1942. Un armement lui est réinstallé avant qu’il poursuive son voyage vers le nord. Enfin, le 9 août, le navire pénètre dans les eaux soviétiques du golfe d'Anadyr. Plus à l’est, dans Providence Bay, à l’extrémité sud-est de la presqu’île des Tchouktches, 3 bâtiments de la marine soviétique et 19 cargos ont été rassemblés qui vont constituer le convoi EON 18 destiné à ravitailler l’URSS. Le convoi appareille de Providence Bay le 14 août pour franchir le détroit de Bering et pénétrer dans l’Arctique. À la tête du convoi se trouve l’Anatase Mikoyan dont la présence va s’avérer utile puisque les premières glaces sont rencontrées dans le détroit de Bering. Les conditions vont s’avérer suffisamment difficiles pour que l’aide de deux autres brise-glaces, Lazare Kaganovich et Stalin (identiques à l’Anatase Mikoyan), soit jugée nécessaire pour permettre au convoi de progresser jusqu’à Ambarchik où il arrive le 11 septembre. Le 14 septembre, c’est Tiksit qui est atteinte. Les navires y restent jusqu’au 19 septembre en raison de la présence signalée en mer de Kara de bâtiments allemands. C’est l’opération Wunderland, menée par le croiseur Amiral Scheer accompagné de cinq sous-marins et destinée à éliminer le plus grand nombre possible de navires soviétiques de l’Arctique et dont le résultat ne sera pas un grand succès allemand. Les navires du convoi reprennent leur voyage le 19 septembre. L’arrivée à Dixon se fait le 24 septembre et la traversée de la mer de Kara s’achève le 10 octobre ; les navires du convoi EON18 sont maintenant en eau libre et n’ont plus besoin d’aide pour atteindre Severodvinsk, le port de la mer Blanche proche d’Arkhangelsk. L’Anatase Mikoyan n’y parvient lui que le 21 décembre après avoir passé plusieurs semaines en mer de Kara après avoir tracé la route pour d’autres convois.














Les cartes du voyage d'Anatase Mikoyan :





 


Mais lors de cette navigation d’approche du port, le brise-glace heurte une mine allemande qui provoque d’importants dégâts à sa coque et à ses machines sans toutefois lui enlever complètement la capacité de naviguer par lui-même, le système propulsif étant peu touché et la flottabilité restant satisfaisante. Des réparations importantes sont néanmoins nécessaires qu’aucun port arctique ne peut assurer par manque d’équipements pour un navire de cette taille. Des contacts sont pris au plus haut niveau et il est décidé que le brise-glace sera remis en état à… Seattle, le grand port californien. Faire route vers ce chantier sera l’occasion d’un voyage en sens inverse tout en ouvrant la voie à un autre convoi.

Réparé, il poursuivit ses missions en Arctique pendant encore de nombreuses années après la guerre avant d'être démoli en 1966 à Vladivostok.









samedi 27 juin 2015

27 juin 1905 : la mutinerie du cuirassé Potemkine



Si chacun connait le nom du navire et le titre du fameux film de Sergueï Eisenstein « Le cuirassé Potemkine », moins de gens pourraient donner la date des événements et le déroulement des faits. Le 27 juin 1905 éclatait à bord d'un cuirassé basé en mer Noire ce qui devait devenir l'un des prémices de la Révolution russe de 1917.

L'année 1905 a mal commencé pour les Russes et le régime de Nicolas II. La victoire japonaise du début de l'année a marqué les esprits et, dans l'armée, l'homme de troupe a compris que ses supérieurs n'étaient pas invincibles. Les conditions économiques sont désastreuses dans l'ensemble du pays. Selon certains, les meilleurs officiers et équipages de la marine impériale ont été envoyés en Asie ; il ne reste dans les eaux de la mer Noire que des troupes moins fiables. Les premières idées révolutionnaires ont commencé à circuler à terre bien sûr mais également sur certains bâtiments de la flotte. À bord d'un bon nombre d'entre-eux, se trouvent, principalement parmi les marins bien sûr, des partisans des idées nouvelles.

Le bâtiment
Le navire qui deviendra célèbre sous le simple nom de Potemkine porte en réalité celui de Kniaz Potemkin Tavricheskiy du nom d'un favori de Catherine II qui est à l'origine de la création de la flotte de la mer Noire. Il s'agit d'un cuirassé de 12 600 tonnes dont l'équipage compte environ 700 hommes. Il s'agit là d'un comme souvent dans la marine russe d'un équipage constitué de « non-marins », bien souvent des paysans enrôlés de force et ne disposant d'aucune qualification maritime. La construction du navire a commencé en 1898, il est entré en flotte en 1904.

Les faits
En juin 1905, le bâtiment se trouve en mer Noire pour des exercices. Il est commandé par le capitaine de vaisseau Ievgueni Golikov, réputé assez souple quant à la discipline. Le second, reconnu pour être plus autoritaire est le capitaine de frégate Guiliarovski. À bord se trouvent quelques marins convertis aux idées révolutionnaires dont le leader va se révéler être le quartier-maître torpilleur Afanassi Matouchenko Il ne leur manque qu'un prétexte pour agir et entrainer l'équipage dans la rébellion sociale en cours dans le pays. L'occasion leur est fournie par la viande livrée à bord le 26 juin. Certains marins remarquent alors que les quartiers dégagent une odeur nauséabonde et que de nombreux vers y sont visibles. À la demande du commandant alerté, le médecin du bord, le Dr Smirnov vient examiner la viande. Le résultat de son expertise est clair : la viande est apte à être consommée, les cuisiniers du bord peuvent l'utiliser. Ce qu'ils font dès le lendemain. C'est donc le 27 juin qu'elle est servie aux marins. Dans l'intervalle, la rumeur s'est répandue à travers le bord et l'ensemble de l'équipage refuse de manger. La tension monte entretenue par Afanassi Matouchenko assisté de Fiodor Mikichkine et Josef Dimtchenko. Le commandant après avoir fait rassembler l'équipage sur le pont tente une reprise en mains mais devant l'échec de celle-ci, il est demandé à un peloton armé de s'emparer des meneurs. Comme il était prévisible, les gardes armés passent du côté des mutins. Les événements se précipitent rapidement. Un meneur, Grigori Vakoulintchouk, s'est emparé d'une arme et tire en l'air. Le second le blesse en ripostant et est immédiatement abattu, vraisemblablement par Afanassi Matouchenko. Les tirs se multiplient ; le commandant et plusieurs officiers sont abattus, quelques autres parviennent à gagner à la nage le torpilleur qui navigue de conserve avec le cuirassé. Vakoulintchouk décéde rapidement.


Les choses s'organisent ; un « comité » est élu qui doit commander le navire. Sans surprise, on trouve Afanassi Matouchenko à sa présidence. Un officier en fait partie, le lieutenant de vaisseau Alexeev, auquel on décerne le titre théorique de commandant. Il n'a en fait aucun pouvoir. La grande question est de savoir quoi faire maintenant. La réponse est rapidement trouvée : « Cap sur Odessa ! ». Depuis quelques jours, la ville portuaire est fortement agitée par le mouvement social. De nombreux tirs sont entendus dans les rues ; on cite le chiffre de plusieurs centaines de morts. Grèves, émeutes et répression y règnent. L'arrivée d'un bâtiment de l'importance du Potemkine lourdement armé peut aider à amplifier la révolution. C'est en tous cas l'espoir de Constantin Feldmann, le leader révolutionnaire de la cité ukrainienne.


Le navire parvient en rade dans la soirée du 27 juin. Dès le lendemain, un contact est établi entre les « démocrates » du bord et ceux de terre, ces derniers menés par un étudiant nommé Constantin Feldmann. Un appel à l'insurrection est lancé. Discours politiques et affrontements violents et meurtriers entre forces loyalistes et progressistes se succèdent. Ce sera là pour Eisenstein l'inspiration de la scène fameuse de l'escalier. L'enterrement de Vakoulintchouk est, bien évidemment, lui aussi l'occasion de discours et d'échauffourées. Initialement rétif, l'équipage finit par admettre l'idée de tirs du Potemkine sur la ville afin d’impressionner les troupes ; le peu de tirs réalisés ne servira finalement à rien. Encore pire, le cuirassé et sa conserve, le torpilleur 267, vont être forcés de quitter le port ukrainien par l'arrivée d'une flotte envoyée depuis Sébastopol dans le but de rétablir l'ordre. Les navires rebelles parviennent à s'enfuir grâce au mutisme des canons des poursuivants que les servants ont refusé d'actionner. L'un des poursuivants, le cuirassé Gueorgui Pobedonossets, passe même temporairement du côté des rebelles. Ils sont donc maintenant trois bâtiments à avoir fait sédition ; ils gagnent ensemble le port d'Odessa. Les bâtiments restés fidèles retournant à Sébastopol. Le Potemkine et le torpilleur quittent Odessa qui est jugé trop risqué pour eux si une nouvelle flotte venait les attaquer.

La fin du voyage
Le 2 juillet (19 juin) 1905, cuirassé et torpilleur parviennent à Constanţa, en Roumanie, pour y charbonner et embarquer des vivres. Accessoirement, c'est l'occasion pour les révolutionnaires de lancer un appel au monde entier afin de faire triompher la révolution. Les autorités roumaines autorisent l'approvisionnement en vivres pour l'équipage mais s'opposent au ravitaillement du navire. Au contraire, le roi Carol 1er propose l'asile politique contre la reddition des mutins. Après un refus de la part de l'équipage et une errance de plusieurs jours en mer Noire, le cuirassé revient à Constanţa le 8 juillet contre l'avis de Matouchenko. Officiers et marins débarquent, certains déclarent avoir été gardés à bord contre leur volonté et regagnent la Russie à bord du torpilleur 267. D'autres restent en Roumanie. Un groupe d'irréductibles menés par Matouchenko saborde le bâtiment qui s'échoue à plat sur le fond.


Mais les aventures du navire ne sont pas terminées. Il est relevé par la marine impériale qui, voulant oublier le nom fâcheux, le rebaptise Panteleïmon (du nom du saint célébré le 9 août, jour de son arrivée à Sébastopol). Après une nouvelle révolution (aux résultats plus durables celle-ci), il retrouve en avril 1917 son nom abrégé et chargé de symboles « Potemkine » puisen mai 1917 , il prend celui encore plus symbolique de « Borets za Svobodou » qui signifie « Combattant de la Liberté ». il est intégré à la flotte rouge puis capturé par les Alliés en 1918. Il est sabordé par son équipage britannique en 1919 lors de l'évacuation de Sébastopol par les forces blanches. Il est relevé mais les dégâts sont irréparables. Certaines scènes du film auraient été tournées à son bord avant sa démolition en 1923.


Le sort des mutins
Après la décision en 1907 de Nicolas II d'amnistier les participants aux troubles de 1905, seuls cinq des mutins du Potemkine (parmi lesquels Matiouchenko) regagneront la Russie. C'était une mauvaise décision de leur part : Matiouchenko est pendu, les quatre autres sont déportés en Sibérie. Une soixantaine de marins rentrés en Russie sont jugés. Sept sont condamnés à mort, dix-neuf à la déportation en Sibérie et trente-cinq à vingt ans de prison. L'étudiant Constantin Feldmann est arrêté mais s'échappe vers l'Autriche et y rédige en aglais sa version des faits « The Revolt of the Potemkin ». Environ six cent marins sont autorisés à rester en Roumanie. Beaucoup en seront expulsés après des événements protestataires. Certains gagneront le Royaume-Uni puis le continent américain.




Le film
Le film de S. Eisenstein réalisé en 1925 qui donne une vue romancée de l'histoire sera considéré comme l'un des chefs d'oeuvre de la culture cinématographique stalinienne. Il donne l'impression que c'est la mutinerie du croiseur qui déclenche les événements à terre. Certaines scènes, comme celle de l'escalier où les civils sont massacrés et du landau qui dégringole les marches, furent entièrement imaginées par Eisenstein lui-même afin de marquer les esprits. La fin en particulier est arrangée pour ne pas montrer la réelle conclusion de la mutinerie. Libre de droits, il est visible ici (version originale - version sous-titrée en français).








vendredi 28 mars 2014

Honneur philatélique à Révolution d'Octobre


En 1973, la Poste d'Union soviétique édita tout une série de timbres en hommage à ses grands navires dont Révolution d'Octobre. Collection agence Adhémar.

Révolution d'Octobre après la mise à niveau de 1934.
Gangut est un cuirassé de la classe éponyme qui servit dans la marine impériale de Russie de 1911 à 1917 puis dans la marine Soviétique de 1917 à 1956. Le 27 juin 1925, il est rebaptisé Révolution d'Octobre. Il prit part à trois conflits: Première Guerre mondiale, Guerre d'Hiver (1939-1940) et Seconde Guerre mondiale. Pour en savoir plus sur Gangut et les derniers cuirassés du tsar, cliquez ici.
Gangut, cuirassé de la classe éponyme lancé en 1911 aux chantiers de l'Amirauté à Saint-Pétersbourg pour la flotte de la Baltique.
En raison de son comportement héroïque lors de la défense de Léningrad, Révolution d'Octobre reçut l'ordre du Drapeau rouge.

lundi 2 septembre 2013

2 septembre 1940, "des destroyers contre des bases", un accord entre Grande Bretagne et Etats-Unis


HMS Newport ex-DD81 Sigourney, datant de 1917. C'est un des 50 anciens destroyers US transférés aux Britanniques en application de l'accord du 2 septembre 1940, il survivra à la guerre et sera démoli en 1947.


Le 2 septembre 1940, un accord est conclu entre le gouvernement des Etats-Unis, qui n'est pas encore en guerre, et la Grande-Bretagne pour la cession à cette dernière de 50 destroyers de 1200 tonnes des séries Flush Deck construits entre 1917 et 1920 en contrepartie de l'octroi pour une période de 99 ans, de la libre disposition navale et aérienne de certains territoires britanniques au-delà des mers (côte méridionale de Terre-Neuve, côte orientale et grande baie des Bermudes, côte méridionale de la Jamaïque, île d'Antigua...). En effet, l'amirauté britannique après les pertes et les dégâts importants causés à sa flotte de destroyers suite à l'évacuation de Dunkerque, était très intéressée par ces destroyers anciens, excellents pour assurer la protection des convois.
Sept seront armés par des équipages canadiens.
L'armement est modifié pour répondre au mieux à leur nouvelle mission d'escorte: suppression de la plupart des tubes lance-torpilles, renforcement de la DCA, et des armes anti-sous-marines.
En août 1944, neuf de ces destroyers ont été transférés par les Britanniques à la flotte de l'Arctique de l'Union soviétique.
Sept ont été perdus pendant la guerre, dont le Campbeltown ex-Buchanan, utilisé pour l'opération Chariot, la destruction de la porte de la forme Joubert à Saint-Nazaire (voir sur ce blog, cliquer ici).
Les destroyers survivants ont été condamnés entre 1945 et 1947, sauf les Soviétiques qui ont été rendus aux Britanniques entre 1949 et 1952 et condamnés immédiatement.

Alain

jeudi 16 mai 2013

Bâtiments de plongée scientifiques soviétiques par le timbre 2-2

Bâtiment de plongée Argus (Apryc). Collection Agence Adhémar.

Argus (Apryc), mis en service en 1975. Submersible de recherche océanographique et d'études géologiques et biologiques de 9,5 tonnes. 6m de long, 2,6m de large, hauteur 3,7m. Equipage de trois personnes. 
Submersibles habités Argus, profondeur de travail de 600m. Conçu et construit par OKB FROM. Il a été impliqué dans de nombreuses recherches en mer Noire et de nombreuses autres expéditions. il a aussi été utilisé dans les opérations de sauvetage sur l'épave du MV Admiral Nakhimov. Actuellement situé à l'Institut d'océanologie de l'Ossétie du Sud, Gelendzhik, Blue Bay.
Argus (Apryc), mis en service en 1976. 
Bâtiment de plongée Tinro 2 (ТИНРО-2). Collection Agence Adhémar.
Tinro 2 (ТИНРО-2), submersible pouvant descendre à 200m.

Tinro 2 (ТИНРО-2), 
Bâtiment de plongée Piesces (ПАЙСИС). Collection Agence Adhémar.
Piesces (ПАЙСИС). Bâtiment de plongée de recherche et de travaux scientifiques pouvant descendre trois personnes à 2000m. Submersibles habités Piesces-VII et Piesces-XI construits par l'entreprise canadienne Heiko en 1975 et 1976. Ont travaillé sur de nombreuses expéditions dans les océans et sur ​​le lac Baïkal. Actuellement situés à Kaliningrad.

Manned Underwater Vehicles "Pisces" (Pisces-VII & Pisces - XI), three-man submersibles, with operating depth up to 2000 m. (participation in trial, sea operation, modernization and upgrading and development scientific equipment).

Bâtiment de plongée Piesces (ПАЙСИС), cinquième du nom, à Hawaï en 2002.

mercredi 15 mai 2013

Bâtiments de plongée scientifiques soviétiques par le timbre 1-2

La poste soviétique a publié en 1990 une série de timbres présentant quelques bâtiments de plongée à usage scientifique.

Bâtiment de plongée Nord 2 (Cebep). Collection Agence Adhémar.
Nord 2 (Cebep-2), ainsi que Nord 1, est exploité par l'Institut soviétique des sciences halieutiques qui a développé une nouvelle façon d'explorer et d'exploiter l'océan. Le complexe, composé du submersible et du bateau de pêche Odyssey qui le transporte combine les propriétés de la recherche et des navires de pêche. Nord 2 repère les bancs de poissons et en fait une estimation, ce qui donne au bateau, équipé pour traiter sa pêche à bord, une plus grande efficacité dans le chalutage.
Si nécessaire, il peut être utilisé pour la recherche océanographique, géologique et archéologique ou encore la détection d'épaves. Armé par deux hommes dont un scientifique Nord 2 (Cebep-2) peut descendre à 2000m.
Nord 2 (Cebep-2) à bord de son navire porteur Odyssey.
Le bâtiment de plongée Mir 1 (МИР-1) a emmené le premier ministre russe Vladimir Poutine au fond du lac Baïkal en août 2009. Les deux Mir ont également plongé dans le lac Léman à l'été 2011. Collection Agence Adhémar.

Mir 1 (Monde 1, МИР-1) et Mir 1bathyscaphes d'exploration océanographique et scientifique construits en Finlande en 1987. 

Dans le cadre de l'année polaire internationale, les véhicules "historiques" de plongée Mir-1 et Mir-2 ont été utilisés au pôle Nord en août 2007 pour déterminer les limites du plateau continental arctique russe.
En descendant à 4261m, «La Russie a planté un drapeau sur le fond de l'océan Arctique."
"Russie, une grande puissance polaire." 
Suite demain… To be followed tomorrrow…

mardi 16 avril 2013

Lyubov Orlova, le navire dont on ne veut pas


«Aux beaux temps de l’URSS (sic), tandis que les chantiers soviétiques construisaient navires de guerre sur navires de guerre, les pays satellites recevaient commandes de paquebots, navires de charge et navires citernes. Les chantiers Yougoslaves Titovo Brodogradiliste Kraljevica mirent en service entre 1974 et 1977 une série de huit petits paquebots affectés à trois compagnies soviétiques : Alla TarasovaKlaudiya YelanskayaMariya Yermolova pour la compagnie Murmansk Shipping Co ; Antonia Nezhdanova, pour la Baltic Shipping Co ; Lyubov OrlovaMariya SavinaOlga Sadovskaya qui devient en 1995 l’Ocean Star et Olga Androvskaya pour la Far Eastern Shipping Co. 

On remarquera que leurs noms sont tous féminins, probablement des héroïnes comme on les honorait sous le régime communiste d'URSS. 
Lyubov Orlova (voir timbre ci-contre publié en 2001) qui nous intéresse était une star adulée (même par Staline) : chanteuse, danseuse, pianiste et actrice du cinéma, elle est décédée en 1975, à 73 ans. 
Le MV Lyubov Orlova (en hommage à une actrice russe des préférées de Joseph Staline),

est un brise-glace de classe Mariya Yermolova construit en Yougoslavie en 1976. Autrefois affrété pour des croisières en Antarctique, abandonné à quai à St. John's (Terre-Neuve), il est devenu une épave à la dérive dans l'océan Atlantique.
3900 tonneaux de jauge brute, 206 passagers pour un équipage de 100 membres, 100 mètres de long, 16,2 mètres de large, une puissance sur deux moteurs Burmeister de 3886 kw (5280cv). Rien d’extraordinaire pour des paquebots dont on ne sait ce que l’URSS au travers de ses trois compagnies en a fait sinon sur des liaisons courtes. 
La plupart de ces navires a disparu sans laisser de grand souvenir dans le monde de la croisière (sans doute parce que desservant la route du Nord, dans l'océan arctique, destination assez confidentielle à l'époque! ndlr). Seul le Alla Tarasova est devenu le Sea Adventurer (ex-Clipper Adventurer) et continue à naviguer tandis que le Lyubov Orlova fait parler de lui…. mais en mal. En effet l’ancien paquebot soviétique sous pavillon de l’île de Cook est resté amarré depuis septembre 2010 dans le port de Saint John (Newfoundland). Il a été vendu pour le prix de la ferraille (275 000 $) à un armateur iranien basé à Saint John. Pris en remorque par Charlene Hunt pour être tiré jusque vers un port Dominicain, le navire rompt sa remorque le lendemain de son appareillage en raison du mauvais temps. Laissant le navire livré à lui-même, le remorqueur revient à Saint John. Le 31 janvier, le navire off shore Atlantic Hawk retrouve l’Orlova et s’amarre sous la raison que la coque constitue un danger pour les installations pétrolières. Le 4 février, le ministère canadien du Transport fait couper la remorque sous prétexte que le navire ne pose aucun problème vis-à-vis des installations et du personnel off shore et qu’il est alors en eaux internationales. 
Depuis, le navire sans équipage dérive à 250 milles dans l’est de Newfoundland, soit 50 milles hors des eaux canadiennes. Il est surveillé pour prévenir une collision. Il dérivera ainsi libre tant qu’une nation ne considèrera pas qu’il est devenu un danger pour ses côtes ou qu’il ne coulera de lui-même. Bel exemple d’une lacune dans le droit maritime qui n’oblige pas à tirer un navire dangereux des eaux internationales vers un port refuge. L’affaire fait grand bruit au Canada. Elle rappelle celle toute récente du pétrolier Canadian Miner qui, en septembre 2011, rompit sa remorque alors qu’il était destiné à un chantier de démolition turc et finit par s’échouer sur la côte de la Nouvelle Ecosse où il est toujours. Pour nous, cela a un petit air d’Erika et de Prestige qui nous ont coûté très cher. Depuis on est sans nouvelles du navire épave.»
Source: La Lettre des paquebots n°85

MV Lyubov Orlova is a 1976 Yugoslavia-built ice-strengthened Mariya Yermolova class cruise ship. Once known for Antarctic cruises, the ship made headlines after it was abandoned dockside in St. John's, Newfoundland and then became a floating derelict in the North Atlantic Ocean in 2013.

Lyubov Orlova abandonné à quai à St. John's de Terre-Neuve en octobre 2012 après avoir été saisi pour dettes de son armateur Cruise North Expeditions.
The cruise ship Lyubov Orlova sitting derelict at dockside in St. John's, Newfoundland and Labrador, October 2012. © Dan Conlin